article des Dernières Nouvelles d'Alsace du 17/02/99

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Elles avaient jusque-là une expérience de la scène et des bals folkeux. Carmen Strauss et Marie-Thérèse Verry sortent leur premier CD de musiques anciennes. Beau comme la mélancolie.


 L'une chante et joue de la harpe celtique ou médiévale, parfois du pipeau de bambou ; l'autre l'accompagne avec tout un éventail d'instruments caractéristiques de la scène folkeuse : épinette hongroise, vièle à archet, psaltérion, cithare et autres flûte à bec ou violon. Depuis plus de quinze ans, Carmen Strauss et Marie-Thérèse se produisent en tandem, explorant le répertoire musical médiéval et traditionnel avec passion. Auparavant, elles avaient déjà écumé la région au sein d'un ensemble composé de quatre chanteuses-musiciennes qui répondait au nom de Ch'entr'elles.

Texte et musique

 « Notre formation est classique, nous avons étudié le piano et le violon au Conservatoire de Strasbourg. Mais la découverte, au tout début des années soixante-dix, de la musique ancienne et traditionnelle, notamment celtique, nous a fait prendre une autre orientation » explique Carmen Strauss. Une voie qui passe par des recherches dans des recueils du XIXe siècle et capte des choses entendues ça et là « qui témoignent d'une forte tradition orale ».

 Tout un matériau est né de cette collaboration, donnant lieu à des prestations publiques, notamment au festival monté par l'association Stockbrunna, à Lautenbach, à chaque Pentecôte. C'est Gérard Schaffhauser, père spirituel de cette manifestation, qui a poussé les deux femmes à réaliser un enregistrement. « Pour l'occasion, nous avons tenu à produire ce disque » raconte-t-il. « Au résultat, c'est exactement l'esprit qui caractérise leurs concerts. »

 Un esprit qui est avant tout celui d'une musique intime, orientée plus vers la mélancolie de gammes mineures que vers les cadences endiablées chères aux folkeux. « Nos instruments ne sont pas très puissants et se prêtent assez mal à la sonorisation. Il nous faut donc de la part de l'assistance une certaine écoute, une atmosphère de silence » indique Marie-Thérèse Verry. « Cela se ressent dans le disque. »

Le temps et la géographie

 Pour cet enregistrement, intitulé joliment Dormez la Belle...il n'est point jour, le duo s'est renforcé de la présence de Sylvain Piron qui, outre ses interventions à l'accordéon diatonique, en signe également la prise de son. Au total, vingt-huit chansons et instrumentaux qui explorent la géographie et le temps. Des traditionnels du Nivernais, d'Auvergne, de Franche Comté, d'Anjou ou encore du Québec (une version inattendue de A la claire fontaine) et de Norvège qui côtoient des « anonymes » des XIIIe, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Le tout débouchant sur des chansons « qui ont encore des choses à nous dire, dont la poésie subsiste intacte » indique encore Carmen Strauss. « Les textes, réalistes mais aussi cruels, apportent leur émotion aux cordes de nos voix et de nos instruments. »

: Serge Hartmann

 « Dormez la Belle...il n'est point jour », chansons et musiques traditionnelles et médiévales ; 120F ; disponible à la librairie Quai des Brumes à Strasbourg ou auprès de l'association Stockbrunna. * 03 89 76 37 24.